Mise à jour mai 2024
Pour fin de lecture, les chiffres encerclés réfèrent aux numéros des références annexées au présent document.

Vous connaissez l’importance du microbiote sur la santé globale. En revanche, saviez-vous que celui-ci est aussi associé à la santé de votre peau?

En effet, plusieurs études ont rapporté une dysbiose, c’est-à-dire une altération de la composition de la qualité et de la quantité des bactéries intestinales, pour certaines pathologies dermatologiques inflammatoires (3)(9)(10)(14)(18). C’est le cas pour l’acné, le psoriasis, l’eczéma atopique et la rosacée (3)(7)(10)(11)(14)(18)(19).

Par exemple, chez les personnes ayant de l’acné, les études démontrent une réduction de la diversité bactérienne intestinales et une réduction du ratio Firmicutes/Bacteroidetes, pouvant contribuer à une augmentation de la perméabilité intestinale (3)(19).

Dans les études scientifiques sur le sujet, les auteurs utilisent souvent le terme axe intestin-peau (3)(10)! Celui-ci représente la relation bidirectionnelle entre l’intestin et la peau (3)(11)(19).

En effet, ces deux organes partagent plusieurs éléments en commun (3):

  • Sont essentiels à la fonction immunitaire;
  • Sont très sensibles au stress et à l’anxiété;
  • Hébergent plusieurs espèces bactériennes, fongiques et virales.

Voici quelques exemples illustrant les interactions potentiels entre l’intestin et la peau :

  • On estime qu’entre 7 et 11% des personnes ayant un syndrome de l’intestin irritable (SII) ont du psoriasis (3). Ces deux pathologies ont des composantes inflammatoires et une altération du microbiote est présente dans les deux cas (3)! Pour plus de détails sur le syndrome de l’intestin irritable (SII), allez-voir cet article.
  • Chez les personnes ayant de la rosacée, la prévalence du Small Intestinal Bacterial Overgrowth (SIBO) est supérieure et l’élimination du SIBO réduit significativement les lésions cutanées (3) (voir l’article Le SIBO, pas si beau ! pour plus détails). Cela démontre le lien potentiel entre ces deux conditions (3).

Une perturbation au sein de leur équilibre microbien, c’est-à-dire la présence d’une dysbiose au niveau de la peau ou de l’intestin, entraîne une altération de la fonction de leur barrière respective (3)(7)(11)(14). Ce dysfonctionnement favorise la synthèse de molécules inflammatoires qui elles, qu’elles soient produites au niveau des couches internes de la peau ou de la muqueuse intestinale, peuvent entrer dans la circulation sanguine et peuvent causer bien des dommages sur leur passage (3)(11)(14). Ces molécules inflammatoires peuvent également affecter la qualité de la barrière de l’un et de l’autre, autrement dit, une perturbation au niveau de la peau, via les molécules inflammatoires produites, peut induire une perturbation au niveau de la barrière intestinale (3)(11). Ces réactions en chaîne démontrent bien le lien intestin-peau et leurs impacts l’un sur l’autre (3)(11)!

Cette image illustre les associations possibles de deux organes dans un contexte d’équilibre (eubiose) et de perturbation (dysbiose) du microbiote (11) :

Tiré de Mahmud et al. (2022) (11)

Alors que doit-on favoriser pour la santé de la peau?

Plusieurs habitudes influencent la santé de la peau : la consommation d’alcool, l’activité physique, le tabagisme, l’hygiène, l’exposition au soleil, le stress, le sommeil et bien sûr l’alimentation et l’hydratation (1)(2)(3)(4)(5)(13)(17).

Outre le fait de prendre soin de la santé digestive, une alimentation équilibrée est essentielle pour une peau saine (1)(2)(17). Différentes vitamines et divers minéraux sont importants à favoriser pour leurs bienfaits cutanés (1)(2)(4)(9)(13)(17).

Vitamines et minéraux Fonctions pour la santé de la peau Sources alimentaires
Caroténoïdes : vitamine A, ß-carotène, lycopène Antioxydants, prévention des dommages cellulaires et du vieillissement prématuré Poisson, œuf, produits laitiers, carotte, tomate, patate douce, légumes feuillus, citrouille, papaye, melon d’eau
Vitamines B : B1, B3, B6 Prévention des troubles cutanés et des fissures autour de la bouche Viande, volaille, poisson, œuf, légumes, noix, graines, légumineuses, céréales entières
Vitamine C Antioxydante, participation à la structure et à la synthèse du collagène, aide à la cicatrisation et à la protection des rayons UVB Agrumes, brocoli, épinards, poivron rouge, persil

Vitamine D

Pour aller plus loin sur la vitamine D, consultez cet article

Synthétisée par la peau, protection des cellules de la peau de l’apoptose induite par les UV Jaune d’œuf, produits laitiers enrichis, sardine, crevette, saumon
Vitamine E Antioxydante, aide à lutter contre la réticulation du collagène Noix, graines, fruits de mer, épinards, brocoli, avocat, légumes verts feuillus, huiles végétales
Zinc Élimine les bactéries et l’excès de sébum de la peau Levure alimentaire, graines de citrouille et de sésame, noix, avoine, œuf, légumineuses
Sélénium Combat les infections cutanées, joue un rôle important dans le développement et les fonctions des cellules de la peau Noix du Brésil, germe et son de blé, poisson, fruits de mer

En plus de tous ces nutriments, miser sur les fibres alimentaires, les prébiotiques et les polyphénols pour bien nourrir les « bonnes bactéries »(11)(14)(17)(18).

Est-ce que les produits laitiers favorisent l’acné?

Différentes études se sont intéressées à cette question. Celles observationnelles ont constaté une augmentation du risque d’acné lors de la consommation de produits laitiers surtout chez les adolescents et les jeunes adultes (entre 7 et 30 ans) (6)(12). Les associations étaient plus marquées au sein des populations ayant une alimentation dite Western, comme celle nord-américaine (6)(12). Ces observations ne sont donc pas des liens de causalité étant donné que ce sont des études observationnelles (6)(12)! Les habitudes alimentaires globales semblent être à considérer et non uniquement la consommation de produits laitiers (6).

Et le sucre dans tout cela?

Les résultats des études sur le lien entre le sucre et l’acné sont mitigés (12)(14). En effet, les effets semblent être davantage associés aux aliments selon leur index glycémique (IG), c’est-à-dire l’échelle qui classe les aliments riches en glucides en fonction de leur effet sur l’augmentation de la glycémie par rapport à un aliment de référence (ex. glucose ou pain blanc), et non seulement la teneur en sucre (12)(14). La consommation d’aliments à IG élevé semble favoriser la synthèse de sébum (11)(16). De plus, les études d’intervention ont constaté une amélioration de l’acné lors de l’adoption d’une alimentation à IG faible (3)(9)(11)(12)(16). En bonus, vous constatez que les aliments à IG faible sont plus riches en fibres, donc de la « bonne nourriture » pour nos bactéries intestinales (3)(11)(18)!

Aliments à IG élevé Aliments à IG faible

Pain blanc
Pâtes blanches
Riz blanc
Pomme de terre
Céréales/craquelins faibles en fibres
Bonbons, desserts sucrés
Boissons gazeuses, jus

Pain de grains entiers
Pâtes alimentaires de blé entier
Céréales riches en fibres
Légumineuses
Orge
Patate douce
Légumes, fruits
Noix et graines
Yogourt nature, fromage

Alimentation méditerranéenne : celle à privilégier pour une peau saine!

Basée sur les habitudes de cette région, l’alimentation méditerranéenne favorise la consommation de légumes, de fruits, de grains entiers, de poissons riches en oméga-3 et réduit la consommation de sucres ajoutés, d’aliments transformés et de viandes rouges (5)(15). Cette alimentation est dite « anti-inflammatoire » par son rôle protecteur dans le développement de maladies atopiques et améliore la fonction de la barrière de la peau (5)(12)(14)(16). Par exemple, une alimentation limitée en produits animaux, riches en gras saturés et trans, améliore la peau et prévient les comorbidités associées au psoriasis (9).

Pyramide adaptée de Plaz Torres et al. (2019) (15)

En bref pour la santé de la peau (8):

  • Miser sur les légumes et les fruits tous les jours;
  • Favoriser les grains entiers : avoine entière, sarrasin, millet, patate douce, blé entier, quinoa, orge, légumineuses, riz sauvage et brun;
  • Viser tous les jours la consommation de noix et de graines;
  • Favoriser les protéines végétales (légumineuses, tofu, tempeh, protéines végétales texturées (PVT));
  • Viser la consommation de 2-3 fois par semaine les poissons riches en oméga-3 (saumon, thon, truite, sardines, maquereau, hareng);
  • Réduire la consommation des viandes rouges et transformées et d’aliments riches en sucres ajoutés et à IG élevé.

Références

(1) American Skin Association (ASA) 2020 Healthy Skin https://www.americanskin.org/about/

(2) Association of UK Dietitians 2019 Skin health: Food Fact Sheet https://www.bda.uk.com/resource/skin-health.html

(3) De Pessemier et al. (2021) Gut-Skin Axis: Current Knowledge of the Interrelationship between Microbial Dysbiosis and Skin Conditions. Microorganisms Feb 11;9(2):353. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7916842/ 

(4) Easton Dermatology Associates 2023 Nutrition and Your Skin Health https://www.eastondermatology.com/blog/nutrition-and-your-skin-health

(5) Garbicz et al. (2021) Nutritional Therapy in Persons Suffering from Psoriasis. Nutrients Dec 28;14( 1 ):119. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35010995/ 

(6) Juhl et al. (2018) Dairy Intake and Acne Vulgaris: A Systematic Review and Meta-Analysis of 78,529 Children, Adolescents, and Young Adults. Nutrients Aug 9;10( 8 ):1049. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30096883/ 

(7) Kapoor et al. (2022) Psoriasis: Interplay between dysbiosis and host immune system. Autoimmun Rev Nov;21(11):103169. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35964945/ 

(8) Katta et Desai (2014) Diet and dermatology: the role of dietary intervention in skin disease. J Clin Aesthet Dermatol Jul;7( 7 ):46-51. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25053983/ 

(9) Lee et al. (2023) Vegan Diet in Dermatology: A Review. J Clin Med Sep 6;12(18):5800. https://www.mdpi.com/2077-0383/12/18/5800#:~:text=In%20conclusion%2C%20although%20there%20are,disease%20and%20its%20associated%20comorbidities. 

(10) Maciel-Fiuza et al. (2023) Role of gut microbiota in infectious and inflammatory diseases. Front Microbiol Mar 27;14:1098386. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/37051522/#:~:text=Thousands%20of%20microorganisms%20compose%20the,inflammation%20in%20different%20immunological%20contexts

(11) Mahmud et al. (2022) Impact of gut microbiome on skin health: gut-skin axis observed through the lenses of therapeutics and skin diseases. Gut Microbes Jan-Dec;14( 1 ):2096995. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC9311318/ 

(12) Meixiong et al. (2022) Diet and acne: A systematic review. JAAD Int Mar 29;7:95-112. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35373155/ 

(13) Musumeci et al. (2022) The role of lifestyle and nutrition in psoriasis: Current status of knowledge and interventions. Dermatol Ther Sep;35( 9 ):e15685. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35790061/ 

(14) O’Neill et al. (2016) The gut-skin axis in health and disease: A paradigm with therapeutic implications. Bioessays Nov;38(11):1167-1176. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27554239/ 

(15) Plaz Torres et al. (2019) Mediterranean Diet and NAFLD: What We Know and Questions That Still Need to Be Answered. Nutrients Dec 5;11(12):2971. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31817398/ 

(16) Sardana et Sachdeva (2022) Role of nutritional supplements in selected dermatological disorders: A review. J Cosmet Dermatol Jan;21( 1 ):85-98. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34564936/ 

(17) Schagen et al. (2012) Discovering the link between nutrition and skin aging. Dermatoendocrinol. Jul 1;4( 3 ):298-307. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3583891/ 

(18) Stec et al. (2023) Bacterial Metabolites: A Link between Gut Microbiota and Dermatological Diseases. Int J Mol Sci Feb 9;24( 4 ):3494. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/36834904/ 

(19) Widhiati et al. (2021) The role of gut microbiome in inflammatory skin disorders: A systematic review. Dermatol Reports Dec 28;14( 1 ):9188. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35371420/ 

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